Interview de Laurent LEFEVRE
Nous sommes le dimanche 10 février. C'est aujourd'hui la dernière étape de la 38ème Etoile de Bessèges. Le soleil est encore au rendez vous malgré un vif froid matinal.
Il est environ midi et Daniel MANGEAS accueille les coureurs sur le podium pour la traditionnelle signature de la feuille de départ. Avec toujours un mot pour rire, un dernier résultat à communiquer au public, une plaisanterie adressée aux membres de l'organisation.
Laurent LEFEVRE arrive, le sourire sur les lèvres. L'homme de Maubeuge apprécie le soleil du Gard. Il apprécie également les excellents résultats de l'équipe BOUYGUES TELECOM. Dans quelques minutes, toute l'équipe va défendre le maillot de leader de Yuri TROFIMOV. Avec succès et talent.
Laurent fait figure d'ancien au sein de cette équipe. Avec ses huit tours de France dont six bouclés (meilleur place 34ème en 2002 et 58ème l'année dernière), il est un des hommes de base de BOUYGUES TELECOM. Il est également toujours disponible pour répondre à nos questions.
« Le cyclisme français est fier de ce qu'il fait »
Vélo-Club.Net : Avec quel état d'esprit abordez-vous cette nouvelle saison ?
Laurent LEFEVRE : Nécessairement bon. Avec la victoire d'étape de Yuri et le général qui est bien parti aussi. Nous avons récolté également deux victoires au Tour du Gabon, une autre en Malaisie avec Mathieu SPRICK. Quant à moi, je ne suis pas encore en super condition. Ce n'est que le début de saison. C'est encore un peu difficile pour moi mais cet état de forme reste conforme aux autres années.
V.C : Quelles sont vos méthodes d'entraînement ?
L.L : J'ai repris le 01 décembre avec de longues sorties, beaucoup de foncier. Je recommencerai les séances d'intensité à partir de la reprise des courses. A partir du mois de Mars.
V.C : Etes-vous adepte du vtt lors de l'entraînement ? Du cyclo cross ?
L.L : Oui, je fais un peu de vtt. Plus de cyclo cross par contre. J'en ai fait beaucoup en étant jeune. C'est vrai que j'aimais bien cette activité mais elle demande aujourd'hui beaucoup trop de sacrifice. Il faut faire beaucoup d'intensité pour être au niveau et je crois ne plus avoir trop le moral pour effecteur ce type d'effort pendant l'hiver. Je préfère me reposer pendant cette saison.
V.C : Quels sont vos objectifs pour 2008 ?
L.L : Les Quatre Jours de Dunkerque me tiennent à c½ur puisque c'est chez moi. Le championnat de France m'inspire aussi. Puis, bien entendu, je souhaiterais participer au Tour de France et remporter une victoire d'étape.
V.C : Quel est votre calendrier d'avant tour ?
L.L : Les courses principales seront donc les Quatre jours de Dunkerque, le Dauphiné Libéré, le championnat de France puis la grande boucle.
V.C : Avec l'arrêt de Didier ROUS et de Laurent BROCHARD par exemple, l'équipe pourrait peut-être manquer d'expérience pour gérer le calendrier 2008. Qu'en pensez-vous ?
L.L : Oui et non. Nous avons encore pas de coureurs expérimentés dans l'équipe. Puis nous avons aussi de nombreux jeunes qui sont venus nous renforcer. Ces jeunes, croyez-moi, ont un très bon niveau. Cela dit, ce qui joue surtout c'est le collectif. Et d'être bien dans l'équipe. Aujourd'hui, il y règne un excellent état d'esprit. C'est ce qui fait la différence.
V.C : Que pensez-vous de la mise en place du passeport biologique ou du système ADAMS ? Avez-vous aussi quelques problèmes de connexion ?
L.L : (rires). Tout ceci est effectivement un peu contraignant. Mais si ces nouvelles mesures font avancer la lutte contre le dopage, on s'y fera. Mais, il est vrai que c'est contraignant quand même.
V.C : Que pensez-vous du fait que certaines équipes (4 ou 5) puissent être suivies par un labo privé différent de celui imposé par l'U.C.I aux autres équipes ? Toutes les équipes sont-elles sur un même pied d'égalité ?
L.L : (hésitations). Oui, je suis au courant et c'est quand même malheureux que ces cinq équipes aient obtenu l'accord de l'U.C.I. Aux dirigeants des équipes et aux coureurs de taper du poing sur la table. Que les règles soient suivies par toutes les équipes.
V.C : Trouvez-vous normal que les coureurs se voient prélever de 2% voire peut-être de 4% du montant de leur salaire pour financer la lutte contre le dopage ?
L.L : L'équipe donne un gros budget pour financer la lutte contre le dopage mais je ne savais pas que les coureurs le faisaient aussi. Néanmoins, acceptons de le faire si nous devons être débarrassés des tricheurs.
V.C : Que pensez-vous de la non-sélection de l'équipe BOUYGUES TELECOM pour le Giro ?
L.L : Ce n'est pas grave. Pour notre sponsor, l'important, c'est le Tour de France. Si nous avions couru le Giro, cela aurait été très bien pour nous également. Mais, ce n'est pas le cas. Les organisateurs des grands tours se sont séparés du ProTour et il faut en accepter les conséquences. Ils ont maintenant la possibilité d'inviter les équipes de leur choix. Nous ferons par conséquent d'autres courses que le Giro.
V.C : Savez-vous qu'A.S.O. pourrait acheter la Vuelta ?
L.L : Non mais ce serait bien.
V.C : Quel serait votre souhait à titre personnel pour 2008 ?
L.L : D'en gagner une belle !
V.C : Laquelle ? Les Quatre Jours de Dunkerque ?
L.L : (hésitations). Non plutôt une étape du Tour de France.
V.C : Quel est votre souhait pour l'équipe BOUYGUES TELECOM ?
L.L : De faire une belle saison. Pour l'instant, c'est bien parti mais il faut durer sur la continuité de celle-ci. Cela sera peut-être le plus difficile. C'est un des meilleurs début saison que l'on fait.
V.C : Comment l'expliquez-vous cet excellent début ?
L.L : C'est difficile à expliquer. Je le mettrais sur le compte de la réussite des coureurs. Pour l'instant, cela nous sourit. Maintenant, TROFIMOV est un coureur de talent. Il le prouve d'ailleurs sur cette Etoile de Bessèges.
V.C : Quel regard portez-vous sur le cyclisme français ?
L.L : Un bon regard. Le cyclisme français est le fer de lance dans la lutte contre le dopage. Nous sommes confrontés depuis plus de 10 ans à ce fléau. Les autres nations ne l'ont peut-être pas toutes reconnu. N'en ont pas toutes prises conscience. Les Français sont fiers de ce qu'ils font et nos résultats sont le fruit de notre travail et de nos jambes. Pas d'autre chose.